Les Nabatéens

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Pétra, aujourd’hui…

Les jours de grande affluence (en général, tous les vendredis) quelques habitants du cru se déguisent en soldats nabatéens. Je ne sais quel crédit il faut porter aux tenues, mais cela renvoie directement à la question: Qui étaient ces Nabatéens qui ont reigné en maîtres sur les déserts de la région; du Sinaï au Néguev, de la Syrie à l’Arabie ?

L’origine des Nabatéens

Le nom Nabatéens » dérive de noms anciens qui ont tous une signification commune. Que ce soit dans le langage nabatéen, en araméen, en grec, en latin ou en arabe classique, tous les termes qui désignent ce peuple ont « l’eau » comme dénominateur commun.
« creuser un puits », « tirer de l’eau d’un puits », « la maîtrise de l’eau ».

Que rapportent les textes anciens?

Textes de Diodore de Sicile – historien et chroniqueur grec du Ier siècle av. J.-C.- Son oeuvre comporte 40 volumes, dont il n’existe plus que la moitié.- Traduction française par l’abbé TERRASSON
– Livre II – chapitre XLVIII
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Nous passerons maintenant aux autres peuples de l’Asie dont nous n’avons pas encore fait mention et nous commencerons par l’Arabie. Elle est située entre la Syrie et l’Egypte et elle enferme plusieurs peuples différents. Les Arabes qui sont du côté de l’orient se nomment Nabatéens. Leur pays est presque entièrement désert, stérile et sans eau. Ce sont des brigands qui ne vivent que du pillage qu’ils vont faire chez leurs voisins et qu’il est impossible de détruire car ils ont creusé dans leurs plaines des puits qui ne sont connus que d’eux et où ils trouvent le rafraîchissement dont ils ont besoin pendant que les étrangers qui les poursuivent meurent de soif dans ces sables arides ou sont fort heureux de revenir à moitié chemin, accablés de fatigues et de maladies. C’est par là que les Arabes Nabatéens toujours invincibles ont toujours conservé leur liberté et qu’il n’est point de conquérant qui les ait soumis. Les anciens Assyriens, les Mèdes, les Perses et enfin les rois de Macédoine ont été successivement obligés d’abandonner l’entreprise de les subjuguer, après y avoir employé toutes leurs forces. Il y a au milieu de leur pays une espèce de forteresse escarpée où l’on ne monte que par un sentier étroit et dans laquelle ils vont mettre leurs captures. Ils ont aussi un lac qui produit du bitume dont ils tirent de grands revenus. Ce lac a près de cinq cents stades de long sur soixante de large. Son eau est puante et amère, de sorte que bien que le lac reçoive dans son sein un grand nombre de fleuves dont l’eau est excellente, sa mauvaise odeur l’emporte et l’on n’y voit ni poisson, ni aucun autre des animaux aquatiques. Tous les ans le bitume s’élève au dessus du lac et occupe l’étendue de deux arpents et quelquefois de trois. Ils appellent Taureau la grande étendue et Veau la petite. Cette masse de bitume nageant sur l’eau parait de loin comme une île. On prévoit plus de vingt jours auparavant le temps où le bitume doit monter. Car il se répand à plusieurs stades aux environs du lac une exhalaison forte qui ternit l’or, l’argent et le cuivre. Mais la couleur revient à ces métaux dès que le bitume est dissipé. Cependant les lieux proches du lac sont malsains et corrompus ; les hommes y sont languissants et vivent peu.
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C’est au fond de l’Arabie qu’on va chercher de tous les endroits du monde la myrrhe et l’encens qu’on brûle dans les temples. Il y a là des plans ou pour mieux dire des forêts de coste, de cannelle et de cinnamome, si touffues et si épaisses que ces bois que l’on prend ailleurs au poids et à la mesure pour les mettre sur les autels des dieux ou que l’on garde comme des raretés dans les cabinets, servent là pour chauffer les fours et pour faire des lits d’esclaves. Le cinnamome surtout a des usages merveilleux. Nous ne parlerons point de la résine, ni du térébinthe qu’on trouve dans toute la contrée. Les montagnes sont chargées non seulement de pins et de sapins mais encore de cèdres, de genévriers et d’agyrées. Il y a plusieurs autres plantes qui répandent une odeur très suave et qui réjouit extrêmement ceux qui s’en approchent. Les vapeurs même de la terre ont quelque chose de semblable à la fumée qui s’élève sur un autel où l’on brûle de l’encens.
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La partie occidentale de ce pays est couverte de sables immenses et ceux qui la traversent sont obligés de se guider comme sur la mer par l’étoile polaire. Mais tout le reste du côté de la Syrie est un pays très cultivé et qui sert de rendez-vous aux marchands de toutes les parties du monde. C’est là qu’ils font un échange avantageux de part et d’autre de ce qu’ils apportent chacun de leur pays et donnant ce qu’ils ont de trop pour avoir ce qui leur manque, ils entretiennent partout une abondance égale de toutes choses.
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Les chameaux de charge portent jusqu’à dix mesures de blé et cinq hommes couchés dessus. Les dromadaires sont plus petits et plus légers. Ils sont merveilleux à la course et fournissent de longues traites ; ce qui est avantageux surtout dans les lieux déserts et sans eau. On s’en sert aussi à la guerre. Ils sont commodes en ce qu’ils portent deux tireurs d’arcs assis dos à dos, dont l’un tire sur les ennemis qui les attaquent par devant et l’autre, sur ceux qui les prendraient par derrière. Voilà ce que nous avions à dire de l’Arabie sur laquelle nous nous sommes un peu étendus en faveur de ceux qui sont curieux de connaître tous les pays.

Pour les textes complets voyez le site de Philippe REMACLE

http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/

Textes de STRABON (64 av. J.-C. à 25 après J.-C.)
géographe historien grec. Traduction nouvelle par Amédée Tardieu – Livre XVI – Chapitre II
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Les Nabatéens et les Sabéens faisaient de fréquentes incursions en Syrie avant que les Romains l’eussent rangée au nombre de leurs provinces ; mais aujourd’hui Nabatéens et Sabéens, à l’imitation des Syriens, ont fait leur soumission aux Romains. La capitale des Nabatéens, Pétra, tire son nom de cette circonstance particulière, que, bâtie sur un terrain généralement plat et uni, elle a tout autour d’elle comme un rempart de rochers (πέτρα), qui, escarpé et abrupt du côté extérieur, contient sur son versant intérieur d’abondantes sources, précieuses pour l’alimentation de la ville et l’arrosage des jardins. Hors de cette enceinte de rochers, le pays n’est plus guère qu’un désert, surtout dans la partie qui avoisine la Judée.
Depuis Pétra jusqu’à Hiéricho, qui est de ce côté la ville la plus proche, on compte trois ou quatre journées ; on en compte cinq [dans la direction opposée] jusqu’au Phœnicôn. Pétra a un roi particulier toujours issu du sang royal nabatéen, mais celui-ci délègue ses pouvoirs à un des compagnons de son enfance, qui a le titre de ministre et qu’il appelle son frère.
Il règne à Pétra un ordre parfait, j’en ai pour preuve ce que le philosophe Athénodore de Tarse, mon ami, qui avait visité Pétra, me contait avec admiration : il avait trouvé fixés et domiciliés dans Pétra un grand nombre de Romains parmi d’autres émigrants étrangers, et, tandis que les étrangers étaient perpétuellement en procès soit entre eux soit avec les gens du pays, jamais ceux-ci ne s’appelaient en justice, vivant toujours en parfaite intelligence les uns avec les autres.

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Leukè Kômè, est le grand marché des Nabatéens …
Les caravanes exécutent sans cesse entre Pétra et Leukè Kômè le voyage d’aller et retour sans accident et en toute sécurité, et cela avec un nombre d’hommes et de chameaux qui ne diffère en rien de l’attirail d’une armée véritable.

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Les Nabatéens sont sobres et parcimonieux au point que la loi chez eux frappe d’une amende celui qui a écorné son bien et décerne au contraire des honneurs à celui qui l’a augmenté. Comme ils ont peu d’esclaves, ils sont servis habituellement par des parents, à charge de revanche bien entendu ; bien souvent il leur arrive aussi de se servir eux-mêmes, et cette nécessité s’étend jusqu’aux rois.
Ils prennent leurs repas par tables de treize, et à chaque table sont attachés deux musiciens. Le roi a une grande salle qui lui sert à donner de fréquents banquets. Dans ces banquets personne ne vide plus de onze coupes (l’usage est, chaque fois qu’on a bu, d’échanger contre une autre la coupe d’or que l’on vient de vider). Le roi, ici, est si mêlé à la vie commune, que, non content de se servir souvent lui-même, il sert parfois ¹ les autres de ses propres mains. Quelquefois aussi il est tenu de rendre des comptes à son peuple et voit alors toute sa conduite soumise à une sorte d’examen public. Les habitations, construites en très belle pierre, sont magnifiques, mais les villes n’ont pas de mur d’enceinte par la raison que la paix est l’état habituel du pays.

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Les Nabatéens ne portent pas de tunique et vont vêtus de simples caleçons et chaussés de babouches, même les rois ; seulement pour les rois, caleçons et babouches sont teints en pourpre.

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Aux yeux du Nabatéen, les restes mortels n’ont pas plus de prix que du fumier, croyance analogue à cette pensée d’Héraclite : « L’homme mort ne vaut pas le fumier qu’on jette dans les rues ». Conséquemment, ils enterrent leurs rois eux-mêmes à côté de leurs trous à fumier. Le soleil est pour les Nabatéens l’objet d’un culte particulier, ils lui dressent des autels sur les terrasses de leurs maisons, et là chaque jour, pour l’honorer, ils font des libations et ils brûlent de l’encens.


Pour les textes complets voyez le site de Philippe REMACLE

http://remacle.org/bloodwolf/erudits/strabon/

Pétra ligne du Temps


Sources:
Le royaume oublié des Nabatéens – CNRS – LE JOURNAL 2015 – Meryem Tizniti

De Amman à Pétra